C'était un peu comme l'hiver, un double sentiment de lassitude et d'ennui, un manque qui ne pourra être comblé, ni matériellement ni physiquement. Trois mois s'étaient écoulés, trop longs mois sans un regard, une attention, une parole. Je ressentais plus que jamais, l'envie, non la nécessité plutôt de retrouver cette présence, cette connivence et cette complicité qui avait fait quelques uns des meilleurs moments de ma jeunesse. J'ai toujours déploré l'amour, par crainte ou peut-être par fierté, je m'emmitouflais dans cette coquille confortable que l'on appelle l'indifférence. Cet anxiome n'était qu'une illusion, une illusion perverse qui le faisait souffrir, chez moi, elle se manifestait sous la forme d'une profonde absence, cette déficience, dont je m'éfforcais d'oublier la lourdeur. Un succinct dialogue vint briser l'inertie qui s'était installée, un dialogue où nous ne trouvâmes rien à nous dire, ni avant ni après. Hormis peut-être ces banalités sur notre fierté, notre passé, nos souvenirs. J'étais effondrée. Il parlait déjà de nous, de moi, comme d'un simple souvenir, à cause de cet amour que je n'ai pas su lui rendre. J'avais à faire le deuil de toute une partie de ma vie, qui me donnait le sentiment, si ce n'est la certitude d'avoir à peine débuté, mais c'était bien la fin. J'aurais voulu lui dire que visiblement je l'aimais plus que ce que j'avais pu montré ces derniers mois, ces dernières années, que cette dureté et cette froideur n'était qu'un disgracieux mirage, et que j'étais si bonne comédienne, que j'en avais fini par douter moi-même . Le temps m'avait une fois de plus étouffée. Les choses avaient ce mauvais goût de cendre. Il est toujours curieux de voir à quel point la vie ratifie les conventions romanesques. Un chaos sentimental gouvernait mon esprit, cette fois-ci, il fallait que je me l'avoue, j'en souffrais. " A trop vouloir jouer, on fini par tout perdre " je me répétais à moi même ce brin de phrase, qui je trouvais, resumait précisément la situation. Oui, j'avais une fois de plus, mérité tout ce qui m'arrivait mais je n'étais qu'une jeune fille qui se complaisait dans l'insouciance, ca m'évitait de croire, de penser, de répondre. Je n'aimais pas ce goût amer qui m'emplissait la gorge quand je me le rappelais, celui de la rénonciation. J'étais envahie d'une sorte de nausée, de la conviction irrémédiable et insupportable que c'était de l'histoire ancienne, cette sensible usure, cette issue fatale. Le désespoir, c'était ce grelottement, ce demi-rire intérieur, cette apathie obsédée.